ANALYSE LITTÉRAIRE

NIETZSCHE OU LE DÉCLIN DE L’ESPRIT DE GUSTAVE THIBON

L’auteur : Gustave Thibon est philosophe et poète, paysan et fils de paysan. Il naît le 2 septembre 1903. La postérité et l’influence de cet intellectuel sont plus que remarquable si l’on se souvient du fait qu’il est un vrai autodidacte : jamais il ne fréquente le milieu universitaire, tout son savoir et sa réflexion sont le fruit d’un long travail personnel, du fait de ses propres forces. Il n’a en effet jamais fait la moindre étude et exercera pourtant un impact intellectuel très fort à son époque. Du régime de Vichy qui, dit-on, voulut en faire son philosophe de référence, à une admiration très vive de Charles Maurras, qui le trouve admirable et brillant, il accueille aussi chez lui la philosophe Simone Weil avec laquelle il aura une amitié très forte. Il fait partie d’une rare espèce d’intellectuel pour qui il fut possible de ne tomber ni dans le conformisme ni dans la querelle de chapelles, pour qui il fut possible aussi d’avoir la profondeur d’un mystique religieux, tout en gardant le bon sens paysan du sang qui coulait dans ses veines. Grand catholique devant l’Éternel, il faut relever chez lui une philosophie hérité de nombreux auteurs, le plus mémorable d’entre tous étant le docteur des docteurs, Saint Thomas d’Aquin. Sa pensée est donc toute entière tournée vers sa religion, marquée profondément de l’empreinte du catholicisme, bien qu’il puisse s’adresser cependant à toute personne désirant réfléchir. Car ses mots sont simples, justes, et son style bien qu’empreint de poésie, (il était aussi passionné et reconnu dans ce domaine) va droit au but, ne prend pas de chemins sinueux qui nuisent à la clarté de la pensée.

 

L’œuvre : Nietzsche ou le déclin de l’esprit. Si ce livre est avant tout une critique de la pensée nietzschéenne, il n’en reste pas moins une forme d’hommage à celle-ci sur de nombreux points. En fait, Thibon ne cherche pas à attaquer celui qui voulut briser sa religion, qui a toujours dit la condamner, il cherche à comprendre un combat intérieur, un combat humain, trop humain, pour reprendre un mot de Nietzsche lui-même. L’ouvrage peut se décomposer en deux grandes parties : d’abord une critique, constructive, de la pensée de Nietzsche, avec ses propres armes, ses propres outils intellectuels, puis une critique sur la forme, celle que pourrait faire tout intellectuel qui analyse l’oeuvre d’un auteur qui lui est inconnu, par la logique pure. Mais l’accent est mis sur le lien entre l’homme et la pensée et c’est tout l’intérêt de ce livre. En effet, Gustave Thibon ne cherche à aucun moment à combattre les idées de celui qu’il critique, il va admirablement relever la grandeur de cette pensée, la pureté de cette volonté, pour montrer in fine, que Nietzsche aurait pût être un grand mystique, un des esprits les plus purs du catholicisme. Thibon va donc nous faire découvrir les raisons pour lesquelles cet homme tourmenté qu’est Nietzsche critique la morale et la religion : il les trouve bien trop belles et pure pour les vertueux et les croyants, les raisons pour lesquelles il refuse toute faiblesse : il est trop conscient de sa propre faiblesse… Et ainsi de suite. Par conséquent,  Thibon ne va pas se livrer, dans cette étude, à une condamnation systématique des paroles de Nietzsche, comme aiment souvent le faire les philosophes et intellectuels entre eux, il va organiser son procès en se plaçant lui même avocat de celui à qui il s’oppose.